dimanche 6 décembre 2015

Expédition sur le Campo de Hielo


Voilà de quoi vous distraire un bon moment. Installez-vous bien et bonne lecture ;-)

Un livre de trekking (Les Andes Guide de Trekking), une idée émise par Carine et qui tout de suite me fera briller les yeux. Nous voilà avec un « trek » en tête, pour ne pas dire une expédition. Partir autour des massifs du Fitzroy et du Cerro Torre en passant par le Campo de Hielo (Champ de glace au Sud de la Patagonie, la troisième calotte glacière au monde après l’Antarctique et le Groenland).
Pour ce faire, nous avons quelque peu anticipé et ma maman nous a ramené du matériel de France (GPS, corde, baudrier,…). En effet, la technicité du trek n’est pas extrême mais l’orientation et une météo clémente sont des conditions sine qua non pour sa réussite, avec biensûr une bonne condition physique.
Après s’être bien mis en jambe autour du Massif du Paine, nous voilà dans un bus direction El Chalten. El Chalten, c’est le nom du village mais aussi le nom originel du Fitzroy (3409m). Cela signifie « la montagne qui fume ». Les Telhueches (peuple originel de la Patagonie) l’ont appelé ainsi en référence aux nuages présents en quasi permence à sa cime. Longtemps, ils ont crus qu’il s’agissait d’un volcan. C’est Perito Moreno qui l’a ensuite rebaptisé en l’honneur du célèbre capitaine du Beagle, venu lui aussi exploré la région. Son non originel, lui a été réattribué et on trouve dorénavant les 2 noms accolés Fitzroy-Chalten.
Dès notre arrivée, on en prend plein les yeux avec le Fitzroy illuminé sous un beau soleil. On se trouve une auberge, et hop, nous voilà parti s’enregistrer auprès des gardiens du parc pour des raisons de sécurité. Première information, il faut que l’on se trouve une « boite à caca ». Interdiction formelle de déféquer sur le Campo Hielo ! Nous trouverons notre bonheur dans une quincaillerie en achetant un tube PVC et deux bouchons. Ceci n’était pas la partie la plus difficile. Un premier magasin, puis un deuxième, puis un troisième, les heures passent et nous ne trouvons qu’une partie des équipements nécessaires, à droite à gauche. Aucun loueur ne possède l’ensemble de ce qu’il nous faut (tente d’expé, raquettes, crampons, piolets, traineau). 19h et nous voilà chez un guide qui possède quasi tout sauf les chaussures. L’aventure prend ici un point de non retour, on loue tout ce qu’il faut et on y va.
Oups, j’oubliais un point et pas des moindres, les sacs il faut les remplir de nourriture pour les 6 jours plus quelques jours supplémentaires si le temps nous bloque au milieu de nul part … C’est très lourd et l’inquiétude est dans nos esprits, est-ce bien raisonnable tout cela avec ma maman qui a entre 63 et 65 ans !

Bel accueil 
Jours 1 :
Samedi matin, on charge les sacs dans le taxi pour rejoindre notre point de départ et en avant pour 6 jours minimum 70 km et 2200 de dénivelé positif.
Ce matin le soleil brille, les prévisions météos sont plutôt bonnes pour les jours qui viennent sauf le deuxième où on nous annonce un peu de pluie.
La matinée se déroule en sous bois, où le vent souffle déjà bien au dessus de nos têtes. Midi nous arrivons au refuge Los Troncos – Piedra del Fraile. Ici nous devons nous alléger d’un droit de passage, car nous sommes sur une propriété privée (40 Euros par personnes). Nous repartons en direction de notre premier bivouac, la Playita avec un peu de pluie et cette fois le vent bien dans la figure. Très vite nous serons très humide (pour ne pas dire complètement trempés) sans compter la traversée obligatoire d’une rivière bien mouvementée. On se déchausse, et on traverse tant bien que mal, sauf pour mamoune qui se payera le luxe d’un bon bain écossais (eau très froide, venant directement des glaciers). L’inquiétude ressurgie rapidement car nous voilà trempés dès le premier jour. On ne se laisse pas envahir par le stress, nous continuons jusqu’au camp où l’on se cachera rapidement dans notre tente afin de se mettre au chaud : pour la suite, on verra demain.



Refuge Piedra del Fraile
Et une petite pluie !
Jour 2 :
Il n’est pas question de partir trempés, ce matin la pluie tombe toujours, notre tente étendage n’est pas des plus efficace, donc on attend le soleil. Un petit déj frugale… nous nous restreignons pour garder des « cartouches » en cas de mauvais temps sur le Hielo. Une bonne sieste, et oui on met le temps à profit ! 11h30 le soleil pointe le bout de son nez. L’après-midi bien ensoleillée nous boost, nos affaires sont de nouveaux sèches. Une balade de reconnaissance histoire de se dégourdir les jambes et un bon dodo pour attaquer la journée la plus « technique ».

On rationne.
Retour du soleil.
Bivouac de la Playita

Le beau granite du Fitzroy
Jour 3 :
Direction le col Marconi qui sera notre porte d’entrée sur le campo : enfin si tout va bien !!
Nous rejoignons assez vite le glacier que nous quittons pour éviter une zone de chute de séracs. Ça ne fait d’ailleurs pas semblant de tomber ! Une grimpette assez facile dans des éboulis, une traversée exposée sur du caillou tout mouillé par les petites cascades, et nous chaussons nos raquettes pour rejoindre le col. J’allais oublier, la boite à caca, et la hantise de cacahouète de s’en servir. Et bien elle fût inaugurée par Madame dès les premiers mètres sur le glacier, ce qui lui donnera l’occasion de la porter jusqu’au bout ! L’eau de la fonte des glacier n’ai pas bonne pour les intestins !
A ce niveau de la course, nous rejoignons un groupe de 8 personnes avec guide, avec qui nous partagerons le bivouac du troisième soir. Vue panoramique sur le Campo, il sort juste des wouahhh de notre bouche, on se sent tout petit petit petit.
Le soleil brillera jusqu’au bout de cette journée (21h30) pour nous laisser profiter de la beauté des lieux, à notre grand plaisir.

Tête du matin ...
... tête qui va bien. 
Levé de soleil
direction le col Marconi

Glacier Marconi
Aguja Pollone



La boite à KK, la boite KK ...
Bivouac face au Campo.




Jour 4 :
Le réveil sonne à 5h15, la veille nos voisins nous partagent le bulletin météo qui annonce une belle journée avec un peu de vent avant l’arrivée de la pluie pour le lendemain. Nous décidons donc de doubler l’étape pour sortir du Campo avant l’arrivée du mauvais temps.
Nous longeons le cordon Marconi, sans les sacs lourds cette fois. Nous nous sommes équipés d’un joli traineau qui soulagera bien nos épaules pour cette grande journée. Nous avançons dans l’immensité  du glacier, source de tous les glaciers notamment celui du Perito Moreno. 
Les montagnes se découvrent et s’illuminent petit à petit jusqu'à rejoindre le Circos de los Altares.  Mirador, et camp de base de premier choix pour les aiguilles du Cerro Torre. Nous en profitons longuement mais fraichement, le vent se lève déjà, le temps de notre casse-croute.
Le bouton de l’appareil photo chauffe, mais il faut avancer. Le métronome qu’est ma maman est impressionnant de régularité et de robustesse. La sortie du glacier se profile et s’est avec un vent violent que nous rechargeons nos sacs pour trouver le camp de bivouac. Les corps sont fatigués, le vent n’aide vraiment pas et une petite erreur d’orientation n’arrange pas les esprits. Après s’être fourvoyé, nous reperrons un emplacement pour la nuit.
Le montage de la tente sera épique, pour ne pas dire énervant. Le vent est vraiment pénible, on se protège comme on peut en faisant des murs de pierres autour de la tente.
La pluie arrive mais nous sommes déjà caché dans la tente. On se rend de nouveau compte de la force des éléments et ne regrettons pas d’avoir loué une vraie bonne tente d’expédition.

De la glace, beaucoup de glace.
En mode traineau


Le Cerro Torre


Des nuages sculptent le ciel

On était pas tout seul, mais il n' y a pas grand monde.
Sommet du Cerro Torre dans les nuages.
Cirque de los Altares



L'age de glace ;-)
Fin du Campo, début du glacier Viedma
Vive le vent !!
Jour 5 :
C’est dans un décor plus minéral que nous poursuivons notre route accompagnée d’un ciel plutôt clair. Nous faisons halte à la laguna Ferrari pour reprendre des forces avant de passer le deuxième et dernier col de notre route, le Passo Del Viento.
De là, les esprits beaucoup plus tranquilles par rapport à l’engagement dû aux conditions météo, nous nous laissons aller à notre joie et nos sourires. Nous nous rendons comptes de l’aventure des jours passés et de la chance que nous avons.
La vie animale et végétale reprend tout doucement ses droits, et le décor reste splendide, lagunes, glaciers, sommets.
Nous trouvons un excellent emplacement pour passer notre dernière nuit. Une petite douche, un bon repas, et nous voilà requinqués.


Laguna del los Esquies


Passo del Viento
Tous bien content :-)
Glacier Rio Tunel supérieur
Glacier Rio Tunel inférieur


Ca sèche. 

Toujours des nuages sympathiques
Jour 6 :
Dernière étape, avec encore des premières pour ma mamoune qui continue de nous impressionner, une belle tyrolienne au dessus d’un torrent bien puissant.
Le Printemps bat son plein sur ce versant, la verdure, les fleurs, tout est différent mais toujours aussi paisible.   
Malgré la fatigue bien présente, nous profitons des paysages somptueux avec l’autre versant des Cerro Torre et du Fitzroy qui nous accompagnent jusqu’au retour à El Chalten.
Nous posons enfin les sacs après cette étape longue de 11 heures. Nous voilà bien fatigués mais bien heureux. Si vous avez une petite dizaine de jours à perdre en Patagonie je vous recommande fortement cette escapade :-p 

Au petit dej'

Première tyrolienne pour Maman
Retour du printemps, de la faune et de la flore 







Fitzroy

Cerro Torre


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